La mare
Au fond de mon jardin,
il y a une mare.
Toutes sortes d'animaux discrets y vivent,
comme ce Crapaud commun,
absolument silencieux.
Au-dessus de lui, c'est la floraison des Iris des marais.
Etonnants iris.
Bien-sûr, il faut aimer le jaune.
Ainsi, il n'y a pas que dans les salon luxueux
qu'il y a de belles choses.
Dans les marais aussi.
L'iris, lui aussi est silencieux.
Près d'une ornière, au bord d'une flaque de pluie,
Un crapaud regardait le ciel, bête éblouie ;
Grave, il songeait ; l'horreur contemplait la splendeur.
Le crapaud, sans effroi, sans honte, sans colère,
Doux, regardait la grande auréole solaire ;
Peut-être le maudit se sentait-il béni,
Pas de bête qui n'ait un reflet d'infini ;
Pas de prunelle abjecte et vile que ne touche
L'éclair d'en hait, parfois tendre et parfois farouche ;
Pas de monstre chétif, louche, impur, chassieux,
Qui n'ai l'immensité des astres dans les yeux.
Victor Hugo
Les Plans (30), début mai 2026
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